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École normale supérieure – ED 540 – École doctorale transdisciplinaire Lettres/Sciences, thèse dirigé par Frédéric Worms et Cynthia Fleury.

Médecinmalade, paradoxe ou paradigme? Expériences et récits, de l’épochè à l’utopie.

Pauline s’est intéressée au monde du soin et de l’hospitalier suite à ses expériences professionnelles en tant qu’étudiante sage-femme. Elle souhaitait se saisir de son propre vécu en l’envisageant dans une réflexion sociologique et philosophique du champ médical. Dans sa thèse, elle mène une réflexion sur la relation entre les médecins et leurs patients à travers la figure du “médecin-malade” qui permet de faire interagir deux univers symboliques en apparente contradiction. Par ce renversement de position, que pourraient nous apprendre ces “médecins-malades” sur ce qu’il y a de fondamental dans la relation de soin?

“Médecinmalade”. Cette expression renvoie spontanément chacun à la relation entre un médecin et un malade, et suppose une réflexion autour de leur relation.  Médecin et malade se définissent réciproquement dans leur rapport à l’autre et s’individualisent différemment de chaque côté du trait d’union. Il semble ainsi qu’envisager un médecin vivant l’épreuve d’une maladie, un médecin-malade pourtant, relève de l’ oxymore, du paradoxe. La figure du médecin-malade, en apparence singulière, réunit en sa personne, deux mondes, un hiatus, une “rupture épistémologique”: entre le vécu et le conçu, l’éprouvé et le pensé, l’affect et le concept. Leur rencontre en lui est l’occasion de “croiser deux discours” et de mettre en tension leur différend. En prêtant attention à ce qui émerge de cette contraction, le médecin-malade pourrait-il nous aider à penser, dans un discours commun, l’union de deux énoncés, deux cosmovisions que tout semble séparer?

Chez le médecin-malade, les maux se révèlent par l’expérience. Le chiasme – médecin-malade – sous-tend une conflictualité que rencontre, de fait, le médecin-malade. Il (s’) observe des deux côtés en vivant l’expérience d’une interchangeabilité des places institutionnelles, d’un brouillage des positions, d’une complexification du soi. Par ce renversement des rôles, cette multiplicité des regards, le médecin-malade devient un entre-deux productif qui n’est pas seulement l’entre-les-deux-cotés mais un passage, conduisant à une tierce vision sur l’institution médicale.

Le médecin-malade, qui vit non seulement une expérience de vie intime mais aussi une double relation (patient avec ses soignants, mais aussi médecin avec ses patients), laisse entrevoir une réflexion éthique.
Mais si nous portons aussi au médecin-malade un intérêt anthropologique et politique, c’est par le renversement qu’il produit, non seulement de par son inversion (de sens, statut, position) mais aussi par la “conversion politique” qu’il engendre. Tout se passe comme si le médecin-malade s’emparait de cet espace conflictuel, de ce trait d’union pour créer un mouvement, un agir autre, un agir avec l’autre.

Ce moment du “médecin-malade” permet de dévoiler l’ici et maintenant de la relation de soin et plus généralement des relations particulières entre les hommes. Cette relation de soin, qui est à la fois relation professionnelle et pédagogique, institutionnelle et sociale, éthique et politique se loge à la frontière entre relation intime et publique. Médecin-malade permet de penser la relation soignant-soigné mais plus largement la relation d’enseignement et de soin, en tant qu’elle est une relation éthique – de responsabilité et de réciprocité – mais aussi proprement politique, en ce que ce médecin-malade laisse émerger de par sa “voix différente” un ensemble de conflits et de contradictions, et stimule ainsi un agir – entre création et transmission.

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